Les 7 et 8 octobre 2026, Mme Armelle SIOPATHIS, Directrice de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la République centrafricaine, a participé en Ouzbékistan au Forum technique mondial des pays en développement sans littoral sur la sécurité alimentaire et les Objectifs de développement durable. Cette rencontre a permis de partager les priorités centrafricaines et d’examiner des solutions associant production locale, transformation, stockage et coopération régionale, avec une attention particulière à la prévention des crises alimentaires.
Une rencontre internationale au cœur des préoccupations centrafricaines. Pour les pays sans accès direct à la mer, la sécurité alimentaire dépend autant des capacités de production que de la fiabilité des approvisionnements. Les coûts de transport, les délais de transit, les difficultés de circulation des marchandises et les risques climatiques peuvent fragiliser l’accès des populations à une alimentation suffisante, saine et abordable. Ces contraintes concernent directement la République centrafricaine, où l’enclavement extérieur se conjugue avec les difficultés de liaison entre territoires de production et marchés. Organisé avec le ministère de l’Agriculture de l’Ouzbékistan et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Forum a réuni des délégations gouvernementales, des experts, des organismes de recherche, des institutions financières et des partenaires de développement. Parmi les pays africains figurent le Botswana, le Burundi, la République centrafricaine, l’Éthiopie, le Rwanda et le Zimbabwe. Les travaux ont abordé quatre domaines complémentaires : adaptation climatique, commerce et intégration régionale, science et innovation, politiques fondées sur les données et financement durable. Leur fil conducteur était de mieux relier les différentes composantes des systèmes alimentaires, depuis les ressources naturelles jusqu’aux consommateurs.
De pays enclavés à pays connectés : les enseignements de l’expérience ouzbèke. Le ministre de l’Agriculture de l’Ouzbékistan, M. Ibrokhim Abdurakhmonov, a présenté une approche visant à passer de pays « sans littoral » à des pays « connectés ». Cette évolution suppose davantage que la construction de routes ou de corridors : elle nécessite une coordination des politiques, des normes, des données et des investissements. Les présentations ouzbèkes ont souligné l’importance de la recherche, de la diversification agricole, de la transformation locale et de la gestion durable de l’eau. Elles ont également rappelé que la performance doit être appréciée à travers des résultats concrets : productivité résiliente, alimentation diversifiée et accessible, réduction des obstacles commerciaux et participation équitable. Pour la RCA, l’enseignement est celui de la cohérence des interventions. Une amélioration de la production peut rester insuffisante si les récoltes ne peuvent être collectées, conservées, transformées ou commercialisées. L’expérience ouzbèke constitue ainsi une référence pour la réflexion, et non un modèle à reproduire sans adaptation aux conditions nationales.
Les réserves alimentaires, un outil pour anticiper les crises. La question des réserves alimentaires a occupé une place importante dans les orientations présentées. Mme Rabab Fatima, Haute-Représentante des Nations Unies pour les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement, a souligné les risques de rupture d’approvisionnement liés aux perturbations des corridors de transit. Elle a plaidé pour des réserves régionales mutualisées et des plateformes logistiques partagées entre pays voisins. Son intervention a également insisté sur la modernisation du stockage, notamment grâce aux technologies de conservation, aux entrepôts réfrigérés et aux énergies renouvelables. L’objectif est de préserver les disponibilités et de réduire les pertes après récolte. Cette approche place le stockage dans une logique d’anticipation plutôt que de seule réaction. Elle implique toutefois des règles précises : produits concernés, contrôle de qualité, renouvellement des stocks, responsabilités de gestion et conditions de mobilisation. La Déclaration de Tashkent a consacré des orientations relatives à la connectivité, à la résilience climatique, à l’innovation et à l’inclusion des femmes et des jeunes. La proposition technique finale a appelé à un mécanisme régional de réserves alimentaires d’urgence, à la modernisation des infrastructures et à des financements adaptés. Ces orientations ne signifient pas que les dispositifs ou les ressources financières sont déjà opérationnels.
Une contribution centrafricaine centrée sur les solutions adaptées. Dans ses interventions, Mme Armelle SIOPATHIS a mis en évidence les contraintes communes à la RCA et à l’Ouzbékistan, notamment l’enclavement et le cloisonnement institutionnel. Elle a également souligné les difficultés spécifiques centrafricaines en matière d’énergie, d’accès à Internet et de financement de la recherche et de la vulgarisation. Sa contribution a défendu la valorisation des plantes et aliments locaux négligés, nutritifs et naturellement résistants aux aléas climatiques. Associée à l’agroécologie et à l’éducation nutritionnelle, cette orientation vise à rapprocher diversification de la production, qualité de l’alimentation et résilience des ménages. La Directrice a insisté sur la nécessité de préserver les ressources agricoles, forestières et hydriques. Leur potentiel ne doit pas être confondu avec des capacités immédiatement disponibles : sa valorisation exige des investissements, des connaissances et une gestion durable. Elle a également appelé à une vigilance accrue concernant les résidus de pesticides. Cette préoccupation rappelle que la sécurité alimentaire ne se mesure pas uniquement aux quantités produites ou stockées : elle suppose aussi des aliments sûrs, dont la qualité protège la santé des consommateurs.
Innovation, climat et financement : des conditions à réunir. Les sessions techniques ont permis d’examiner des solutions de gestion économe de l’eau, des variétés résilientes, des outils d’observation des cultures et des technologies de conservation. Les échanges ont cependant montré qu’une innovation isolée ne suffit pas si l’énergie, la formation, la maintenance ou les débouchés font défaut. Cette analyse rejoint la préparation centrafricaine, qui privilégiait des équipements maîtrisables et des procédés accessibles aux producteurs, aux coopératives et aux entreprises. Pour la RCA, la pertinence d’une technologie devra donc être appréciée selon son utilité, son coût et la capacité à l’exploiter durablement. Les discussions sur le financement ont, pour leur part, souligné l’intérêt de projets fondés sur des données fiables. L’expérience éthiopienne a illustré l’importance d’une coordination interministérielle et d’objectifs suivis dans le temps. Les investissements doivent ainsi associer infrastructures, compétences et moyens de fonctionnement, plutôt que se limiter à l’acquisition d’équipements.
Relier production locale, transformation et stockage en RCA. L’un des principaux enseignements du rapport est la nécessité de concevoir ensemble production, collecte, transformation, conservation et débouchés. Cette articulation pourrait permettre de mieux valoriser les récoltes nationales tout en préparant la réponse aux périodes de déficit. Les achats locaux, les cantines scolaires et les réserves alimentaires sont identifiés dans la préparation nationale comme des débouchés possibles. Leur développement suppose néanmoins de préciser les volumes disponibles, la saisonnalité, les critères de qualité et les moyens logistiques. Il s’agit de perspectives à organiser, et non de capacités déjà acquises. Le projet d’Agence centrafricaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (ACASAN) pourrait contribuer à relier surveillance, coordination et interventions. Son architecture envisagée associe sécurité alimentaire et nutrition, sécurité sanitaire des aliments, technologie et transformation agroalimentaire. Cette perspective reste liée à l’achèvement du processus de création et à la définition des modalités opérationnelles, en complémentarité avec les structures existantes.
Au final. La participation à Tashkent ouvre ainsi un espace de capitalisation pour renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle en République centrafricaine. Sa portée réside dans l’adaptation des enseignements aux besoins des populations, avec une attention constante aux producteurs, à la qualité des aliments et à la continuité des approvisionnements. Mme Armelle SIOPATHIS exprime sa reconnaissance au ministère de l’Agriculture de l’Ouzbékistan pour avoir permis cette participation, ainsi qu’à la FAO, aux organisateurs et aux délégations pour la qualité des échanges. Ceux-ci nourrissent une réflexion nationale fondée sur la valorisation des ressources locales, la préparation aux crises et la coopération régionale.
Admin/MADR. Fortuné NGREMALE



