Info. Agri: Journée mondiale du coton à Tachkent : des enseignements pour la valorisation agricole et la souveraineté alimentaire en RCA

Le 7 octobre 2026, Mme Armelle SIOPATHIS, Directrice de la sécurité alimentaire et de la nutrition, a participé à la Journée mondiale du coton, organisée à Tachkent, en Ouzbékistan, en marge du Forum des pays en développement sans littoral. Consacrée au commerce, à la transformation et aux partenariats, cette rencontre a nourri une réflexion sur les conditions de valorisation des filières agricoles et leur contribution aux revenus ruraux et à la souveraineté alimentaire de la République centrafricaine.

Une journée consacrée à la création de valeur. Célébrée au Hyatt Regency de Tachkent, la Journée mondiale du coton avait pour thème « Le coton au service du bien commun : bâtir la prospérité par le commerce, la transformation et le partenariat ». Son programme associait un dialogue de haut niveau et des sessions sur la création de valeur, les chaînes d’approvisionnement responsables, l’investissement et la finance climatique. Cette journée trouve son origine dans la mobilisation du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad, réunis au sein du C4, en faveur de conditions commerciales plus équitables pour leurs producteurs. Elle offre désormais un cadre pour examiner les liens entre production cotonnière, emplois, transformation industrielle et développement. Pour la RCA, l’intérêt de la participation dépasse donc les seules performances de la culture. Il concerne les conditions dans lesquelles une filière peut améliorer durablement les moyens d’existence des ménages, tout en restant compatible avec les besoins alimentaires et les capacités nationales.

L’expérience ouzbèke : relier le champ à la transformation. L’Ouzbékistan a présenté une trajectoire fondée sur une intégration accrue de la production et de la transformation. Les ensembles cotonniers-textiles, souvent désignés comme des « clusters », associent culture, égrenage, filature et activités textiles. Cette organisation cherche à rapprocher les producteurs des financements, des technologies et des débouchés industriels. Les enseignements portent sur la cohérence de la chaîne de valeur : produire davantage ne suffit pas si les infrastructures, la qualité, la transformation ou les marchés ne suivent pas. De même, un rendement supérieur doit être confronté aux coûts de production et de commercialisation pour apprécier le revenu effectivement obtenu. La gestion de l’eau, la recherche, la mécanisation et les compétences occupent également une place importante dans cette transformation. Pour la RCA, ces éléments constituent des références à examiner, et non un modèle à reproduire automatiquement. Les différences d’accès à l’énergie, aux équipements et au financement imposent une adaptation aux réalités nationales.

Des innovations à apprécier dans leur ensemble. Les approfondissements techniques ont abordé l’amélioration variétale, la protection des cultures et l’organisation des pratiques agricoles. La présentation « From science to shared prosperity » a notamment montré que le potentiel génétique doit être accompagné d’un système cohérent pour devenir un rendement effectivement récolté. Huit règles ont été mises en avant : densité des plants, schéma de semis, gestion de la culture, nutrition de la plante, maturité, protection, discipline d’exécution et propreté du champ. Elles rappellent l’importance de réaliser les opérations au bon moment et de les adapter aux conditions de production. La propreté du champ ne signifie pas l’élimination systématique des résidus utiles au sol. Les technologies évoquées ne répondent pas toutes aux mêmes objectifs. Leur transfert exige d’examiner les performances, les coûts, l’accès aux semences, les exigences réglementaires et les capacités d’accompagnement. L’innovation doit ainsi être appréciée avec la formation, la maintenance et le conseil agricole, plutôt que comme une solution isolée.

Valoriser les résidus sans présumer des bénéfices. La valorisation des résidus agricoles, notamment des tiges de cotonnier, a également alimenté les réflexions. Le compte rendu présente le biochar, obtenu par transformation thermique de biomasse, parmi les pistes associant gestion des résidus, amélioration des sols et stockage du carbone. Ces perspectives peuvent ouvrir des possibilités de diversification, mais leur intérêt dépend des conditions techniques et économiques : équipements, disponibilité de la biomasse, usages concurrents et effets observés sur les sols. Les marchés du carbone ne doivent pas davantage être considérés comme une source automatique de revenus. Les possibilités évoquées nécessitent des mécanismes de mesure, de vérification et de certification. Pour les producteurs, l’intérêt réel doit être apprécié après prise en compte des coûts et des modalités de répartition des recettes.

La contribution centrafricaine : adapter plutôt que reproduire. Mme Armelle SIOPATHIS a orienté sa réflexion vers la durabilité et le transfert des technologies. Les questions soulevées concernent notamment l’adaptation agronomique, les coûts, la dépendance semencière, les capacités nationales de recherche et la biosécurité. Cette approche invite à distinguer une technologie prometteuse d’une solution effectivement utilisable par les producteurs. Les contraintes d’énergie, de transport et d’accès aux services doivent être intégrées dès la conception des investissements. La Directrice a également interrogé l’intérêt de fibres issues du bananier, du plantain et d’autres ressources végétales d’Afrique centrale. Ces pistes peuvent être étudiées dans une logique de diversification et de valorisation des coproduits. Elles ne constituent toutefois ni des filières immédiatement rentables ni des substituts au coton à court terme. Leur développement suppose des débouchés vérifiés et des procédés adaptés.

Coton et vivrier : éclairer les choix sans opposer les filières. Les enseignements de la journée ont conduit à une question plus large : comment hiérarchiser les investissements agricoles au regard des ressources disponibles, des revenus ruraux et des besoins alimentaires ?

Le compte rendu propose d’étudier une priorité vivrière progressive, tout en maintenant les activités cotonnières économiquement justifiées. Il ne s’agit pas d’une décision d’abandon du coton, mais d’un scénario à comparer avec d’autres options. Une telle analyse doit porter sur les revenus nets, les risques, les débouchés et les effets sur les territoires. Dans les bassins cotonniers, toute évolution nécessiterait un accompagnement associant semences, conseil, financement, transformation et accès aux marchés. La protection des moyens d’existence des producteurs constitue une condition centrale de cette réflexion. Le compte rendu suggère aussi d’examiner les complémentarités au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), notamment avec le Cameroun. Cette piste relève d’une coopération à documenter ;

Transformation et réserves : donner un débouché aux productions. La réflexion issue de la mission relie la priorité alimentaire aux capacités de transformation et de stockage. L’objectif envisagé est de mieux conserver les récoltes, de réduire les pertes et d’organiser la disponibilité des aliments. Les réserves proposées ne se limiteraient pas aux céréales. Elles pourraient intégrer, selon les procédés appropriés, racines, tubercules, autres féculents, protéagineux et produits forestiers non ligneux. Cette diversification exige de concevoir ensemble transformation et conservation : les besoins de séchage, de mouture, de conditionnement ou d’extraction d’huile varient selon les produits. Le projet d’Agence centrafricaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (ACASAN) est identifié comme un cadre potentiel pour articuler ces fonctions. Cette perspective demeure liée à la définition des conditions techniques, économiques et institutionnelles de sa mise en œuvre ; elle ne doit pas être présentée comme une capacité déjà opérationnelle.

Des suites proposées pour éclairer la décision publique. Un diagnostic économique et territorial de l’équilibre coton–vivrier, l’examen des complémentarités régionales et la consolidation d’une note d’aide à la décision. Ces propositions restent soumises à l’appréciation des autorités compétentes. L’objectif est de comparer des scénarios avant toute réorientation significative : maintien ciblé du coton, diversification ou renforcement progressif du vivrier. Chaque option devrait préciser les besoins d’investissement, les débouchés et les mesures de protection des ménages ruraux. La participation à la Journée mondiale du coton a ainsi nourri une réflexion qui dépasse la seule amélioration technique d’une culture. Elle souligne la nécessité de relier recherche, production, transformation et marchés, tout en tenant compte des priorités alimentaires. Pour la RCA, la capitalisation de ces enseignements doit servir des choix adaptés, fondés sur les données et attentifs aux revenus des producteurs.

Admin/MADR: Fortuné NGREMALE